Avec le clip de Majhoul, Refugees of Rap s’attaque à l’incertitude de l’exil

Le duo syrien installé en France, Refugees of Rap, a sorti au début du mois d’octobre un nouveau clip, qui annonce la sortie imminente de leur prochain album. 

En ce début du mois d’octobre, les deux frères de Refugees of Rap, Yaser et Mohamed, ont sorti leur nouveau titre, « Majhoul », en featuring avec le rappeur syrien Ibrahim Basha NuruleZ. un son trap porté par des images sombres et efficaces qui annonce un album prometteur.

Depuis leurs débuts il y a une dizaine d’années, en Syrie, Mohamed, moitié du duo, affirme que leur musique a connu de nombreuses évolutions. À force de se produire sur de multiples scènes, d’abord dans leur pays d’origine puis sur le continent européen, ils se sont rapidement fait remarquer par des beatmakers, ingénieurs du son et réalisateurs de clip leur proposant moult collaborations.

La forme a évolué mais le fond n’est pas en reste et les thèmes abordés ont eux aussi changé. Si leurs premiers textes étaient très politiques – leur verve militante dénonçant les atrocités vécues par leurs concitoyens syriens leur a valu l’obligation de quitter le territoire – Yaser et Mohamed ont choisi d’embrasser des thèmes plus personnels. En effet, continuer à parler de la guerre alors qu’ils ne vivent plus en Syrie n’est pas chose aisée. Cependant, l’exil continue de faire partie de leur quotidien, voire même de leur identité, et le clip de « Mahjoul » traite de l’incertitude de l’avenir – mahjoul signifie d’ailleurs « inconnu », « indicernable » en Français.

Refugees of Rap et Ibrahim Basha NuruleZ traitent ainsi dans ce nouveau titre du contraste entre les attentes et les réalités de la société occidentale :

« On avait beaucoup de stéréotypes en tête concernant l’Occident, la réalité est vraiment très différente de ce qu’on pensait. Il y a beaucoup de bonnes choses mais aussi des choses décevantes. Dans la rue, les gens marchent avec un cerveau lavé […]. Pendant l’exil tout est dur, le futur est incertain », explique Mohamed.

Ce clip annonce un album qui sortira vers la fin novembre. Les titres tourneront encore un peu autour de sujets politiques mais on trouvera aussi des morceaux plus egotrip, ou dédiés à des thématiques aussi personnelles qu’universelles, telles que l’amour ou le racisme. Plusieurs beatmakers, français et américains, se partagent les productions de l’album et Yaser et Mohamed ont invité en tout quatre rappeurs sur des featurings – trois sont syriens et le dernier est irlandais. Que les non-arabophones se rassurent, si les paroles sont évidemment d’une grande importance, le flow des deux hommes et la qualité des productions peuvent suffire à apprécier la musique de Refugees of Rap.

Une carrière longue et en constante évolution

Les deux rappeurs n’en sont pas à leur coup d’essai avec la sortie prochaine de leur album. C’est il y a une bonne dizaine d’années qu’ils créent avec des amis leur groupe, né de leur passion pour le hip-hop et de leurs talents d’écriture. Réfugiés palestiniens avant même de devenir réfugiés syriens lorsqu’ils doivent quitter la Syrie, pays d’adoption qui les a vus naître, ils utilisent leur verve pour raconter leur exil, la vie à Yarmouk, camp de réfugiés palestiniens situé au sud de Damas, et pour dénoncer les horreurs du régime syrien.

Lorsque débute la guerre, en 2011, ils continuent de faire de leurs voix des étendards pour la liberté et l’égalité de tous les Syriens. En 2013, ils diffusent le titre « Haram », en collaboration avec la chanteuse Nadin. Le morceau, puissant, est accompagné d’un clip dont les images sont difficilement soutenables et dont les paroles (traduites sur YouTube) rappellent que les actions du pouvoir consistant à bafouer la liberté d’expression et d’opinion des citoyens, les contraindre à vivre dans des conditions intolérables et les tuer de sang-froid, c’est bien cela qui est haram, c’est-à-dire illégal, interdit, contraire à la morale.

Arrivé en France il y a cinq ans, le duo poursuit avec talent ses avancées dans le rap, se produisant à travers l’Europe et orchestrant des activités littéraires, notamment au Danemark mais aussi dans l’Hexagone, lors desquelles les deux frères encadrent des adolescents qui s’essaient à l’écriture et au rap.

La sortie de l’album sera précédé d’un concert le 24 novembre prochain, aux Grands Voisins, à Paris 14. À l’occasion, le groupe partagera la scène avec le beatmaker de renommée internationale Ena-N. Pendant ce temps, une virée dans la discographie du groupe, et des titres comme « Ma Bihmni Shi », « Ayam el Ghorba » ou « Voyage », permettra d’attendre un peu moins impatiemment la fin novembre.

Vous pouvez retrouver Refugees of Rap sur Facebook, YouTube et les informations concernant le concert du 24 novembre sur cette page