Étrange Festival : Climax, la soirée de l’enfer selon Gaspar Noé

Vous avez méprisé Seul contre tous, haï Irréversible, exécré Enter The Void, maudit Love, venez fêter Climax. Telle est la mise en bouche servie par Gaspar Noé pour présenter son nouveau long-métrage expérimental, récompensé lors de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018. Présenté en avant-première par Gaspar Noé himself à l’Étrange Festival, Climax est une nouvelle œuvre d’art de la part du réalisateur italo-argentin.

Dans un lieu paumé en bordure de forêt, un groupe de danseurs se réunit pour répéter une dernière fois avant de s’envoler pour les États-Unis. Histoire de décompresser, ils entament une fête démentielle mais se rendent vite compte qu’une substance illicite a été versée dans la sangria qu’ils boivent. C’est le début d’une véritable descente aux enfers pour les danseurs, en proie à leurs névroses, qui plongent peu à peu dans la folie et l’horreur.

Si Gaspar Noé s’est toujours évertué à mettre en scène la détresse et la perdition d’un être dans ses films, c’est la première fois qu’une femme est au centre de son art cinématographique. Selva, incarnée par Sofia Boutella, est la cheffe de bande du groupe de danseurs, spécialisés dans le hip-hop et le voguing. Impressionnante, l’actrice rayonne dans le film et représente en un sens l’espoir presque biblique d’un échappatoire à cette soirée d’enfer qui tourne au cauchemar à mesure qu’elle avance dans ce huis clos angoissant.  

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© Wild Bunch Distribution

Techniquement, Climax est sublime. Fluide dans sa narration et sa mise en scène, le film brille par les mouvements de caméra flottant et dansant parfaitement autour des comédiens. Cet effet permet aux spectateurs d’être encore plus attirés magnétiquement par les protagonistes hauts en couleur. Dans une volonté d’immersion, comme pour chacun de ses longs-métrages, Gaspar Noé alterne entre plans courts et plans-séquences merveilleux, travaillés excellemment en post-production, qui donnent une sensation de tournis, comme si nous étions aussi alcoolisés que les protagonistes.

Avancé sans scénario précis avec des comédiens non-professionnels mais des danseurs talentueux, le tournage a duré 15 jours. Comme une évidence, Gaspar Noé a retrouvé son chef-opérateur Benoît Debie, avec qui il collabore depuis Irréversible. Ce dernier, qui travaille aussi avec Harmony Korine et Jacques Audiard, a réussi à créer des jeux de lumière électrisants et une ambiance étouffante pour ce concentré filmique des pires bad trips.

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© Wild Bunch Distribution

Comme pour ses autres films, Gaspar Noé utilise une bande sonore transcendante qui prend littéralement aux tripes avec les tubes de Cerrone, Daft Punk, des Rolling Stones, Patrick Hernandez ou encore Soft Cell. À musique électrisante, symbole hors du commun : la sangria, responsable de l’état désastreux des personnages sombrant dans la démence. Avec un rapport au sang, cet alcool est à l’image de la rage et de la folie qui bouillent en chacun des personnages pour faire ressortir le pire chez eux à travers des comportements psychotiques incroyables.

Alors que le cinéma de genre peine à se démocratiser, malgré les nominations infructueuses de Grave de Julia Ducournau aux derniers Césars, Gaspar Noé prouve que ce type cinématographique est le meilleur berceau expérimental d’où sortent des bijoux filmiques. Et si des réactions démesurées (hurlements, vomissements) ressortent des visionnages de longs-métrages subversifs comme Grave, The House That Jack Built de Lars von Trier ou plus récemment High Life de Claire Denis, c’est bien parce que le cinéma de genre nous provoque et fait ressortir les côtés insoupçonnés de notre âme. Et c’est pourquoi il faut célébrer et donner plus de lumière à ce type de production cinématographique. Venez fêter Climax, ordre de Gaspar Noé. 

Climax de Gaspar Noé, en salles le 19 septembre.