Étrange Festival : déception pour le prétentieux Perfect, soutenu par Soderbergh

Présenté en compétition internationale à l’Étrange Festival, Perfect d’Eddie Alcazar avait tout pour plaire : le soutien de Steven Soderbergh, une esthétique ambitieuse, une bande-son électrisante et un synopsis intriguant mais la recherche de la perfection du réalisateur rend son film pompeux et soporifique.

Un jeune homme (Garrett Wareing) se réveille près du cadavre de sa petite amie et appelle sa mère (Abbie Cornish), d’une beauté et d’une aisance parfaites, à l’aide. Repère parental autant absent qu’incestueux, elle décide de le faire interner dans une clinique, dirigée par un professeur mystérieux (Martin Sensmeier), censée soigner les problèmes de ses occupants. Notre protagoniste va alors découvrir un monde où la recherche de la perfection s’effectue à travers un voyage onirique, technologique et viscéral. En essayant de trouver des réponses à ses questions et de se définir en tant qu’être humain, le jeune garçon se transforme peu à peu en machine monstrueuse et l’expérience de trop le fera mourir aux mains de son créateur.  

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© Brainfeeder Films

Le cinéma d’anticipation rayonne par les temps qui courent, notamment depuis la sortie de Blade Runner 2049, entre Ready Player One, Hotel Artemis, How To Talk To Girls At Parties ou les dernières productions Netflix (Extinction, Zoe, Annihilation, Mute, Anon, Tau…) avec plus ou moins de réussite. Si chacun de ces longs-métrages tend à se distinguer par une esthétique toujours plus colorée, toujours plus folle et toujours plus expérimentale, force est de constater que l’on frôle l’overdose lorsque les questions d’identité, de transhumanisme, de robotique ou d’intelligence artificielle sont abordées sur grand écran.

Le réalisateur Eddie Alcazar tente tout de même de se faire une place sur ce marché déjà bien prolifique avec son premier film Perfect, après plusieurs courts-métrages et un documentaire. Soutenu par Steven Soderbergh, Eddie Alcazar s’est entouré de Flying Lotus pour la composition de la bande-son. Le producteur, rappeur et DJ américain, dont le film Kuso a été produit par Alcazar, apparaît aussi dans Perfect. À la vue des premières images de ce long-métrage inaugural, notre curiosité est aiguisée par son étrangeté et un sentiment de nouveauté rafraîchissant.

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© Brainfeeder Films

Malheureusement, après avoir visionné Perfect, on ressort déçu d’une expérience cinématographique prétentieuse où les monologues sans fin de Garrett Wareing (révélé dans Le Virtuose aux côtés de Dustin Hoffman et Kathy Bates), faussement philosophiques, nous plongent dans un état léthargique. On sent pourtant les efforts du jeune Garrett Wareing à livrer une performance artistique sans pareille mais le côté jeune premier propre sur lui qui devient un monstre néo punk sonne lourdement comme une impression de déjà-vu perpétuel et n’impressionne plus.

Eddie Alcazar offre tout de même des mises en scène ambitieuses et – heureusement – des moments épileptiques pour nous sortir de notre torpeur, mais rien n’y fait. Seul le procédé d’amélioration de la condition humaine du jeune malade sort réellement de l’ordinaire et prête à sourire en nous renvoyant à la bonne époque des années 1980, qui n’ont jamais eu autant le vent en poupe que depuis ces dernières années. Mais à force de trop tirer sur la corde, on finit par ne plus être étonnés ni émerveillés. À trop vouloir sortir du lot avec un univers sur-stylisé et un scénario simpliste, Eddie Alcazar propose finalement un film creux, un peu copié sur Ex Machina, Tron ou le style de Gus Van Sant, naviguant entre le laid et la splendeur mais qui est très loin d’atteindre la perfection recherchée, et surtout prétendue.

Perfect d’Eddie Alcazar n’a pas encore de sortie française.